Le deuxième et dernier passage de Vénus du XXIème siècle se produira le 06 juin 2012. Alors que le passage de 2004 fut intégralement visible en Europe, celui de 2012 concernera essentiellement l'Asie du sud-est et le Pacifique. En France, nous ne pourrons assister qu’à la fin du phénomène. En attendant les deux prochains passages, qui se produiront en … 2117 et 2125 !
Vénus se situant à l’intérieure de l’orbite de la Terre, elle se trouve tantôt entre la Terre et le Soleil (conjonction inférieure), tantôt derrière le Soleil par rapport à la Terre (conjonction supérieure). Si les orbites des deux planètes étaient situées dans le même plan, il se produirait un transit à chaque conjonction inférieure, soit tous les 589 jours. Mais l’orbite de Vénus est inclinée de 3°23’ par rapport à celle de la Terre. Les passages ne peuvent donc avoir lieu que si les trois astres, Terre, Vénus, Soleil, sont parfaitement alignés, c'est-à-dire uniquement au moment où Vénus se trouve sur la ligne d’intersection des deux plans orbitaux (ligne des nœuds). Cela se produit donc en juin, lors du passage au nœud descendant, puis en décembre, lors du passage au nœud ascendant. Ce qui nous donne un intervalle très régulier : deux passages en 8 ans, puis attente de 121,5 ans, suivit de deux passages en 8 ans, puis attente de 105,5 ans, etc …
L’explication tient au fait que 13 révolutions de Vénus, soit 2921 jours, correspondent à 8 révolutions de la Terre autour du Soleil, soit 2922 jours. Nous retrouvons là une coïncidence heureuse similaire à celle qui prévaut pour le calcul des éclipses de Soleil ou de Lune. Cependant, depuis 1629, date à laquelle Johannes Kepler calcula la possibilité d’observer les passages de Vénus, l’humanité n’a observé le phénomène que 6 fois, ce qui en fait donc un phénomène encore plus rare que les éclipses totales de Soleil !
LE PASSAGE DU 6 JUIN 2012
Ce transit se produira de 00h09 à 06h49, heure légale française. A Reims, le Soleil se lèvera à 5h40. Nous ne pourrons donc observer que la dernière heure du phénomène.
Les conditions de visibilité sont des plus simples : il faut que le Soleil soit levé au moment du phénomène et que le ciel soit dégagé ou que la couverture nuageuse soit suffisamment ténue pour pouvoir observer le Soleil. Nous vous conseillons donc de trouver un horizon parfaitement dégagé vers le nord-est, de prendre éventuellement un peu de hauteur, et de guetter le lever du Soleil pour apercevoir dessus le petit disque noir de Vénus.
Prenez vos précautions !
L’observation du Soleil requiert quelques précautions, et ce quel que soit l’endroit d’où vous observerez le phénomène. En effet, nos yeux sont très sensibles aux ultraviolets et aux infrarouges, ainsi qu’aux fortes luminosités. L’observation du Soleil à l’œil nu risque de blesser vos yeux ou d’altérer définitivement votre vue !
Afin d’observer l’éclipse dans les meilleurs conditions possibles, munissez vous de lunettes « éclipse » (attention, les
lunettes utilisées pour les éclipses antérieures ne sont plus valables, jetez les !). Ces lunettes sont équipées de filtres en Mylar ou Astrosolar capable d’arrêter les rayons nocifs du Soleil.
Par précaution, bannissez tout autre moyen de protection !
Si vous utilisez un instrument d’optique, il faut impérativement le munir d’un filtre de
pleine ouverture, c’est-à-dire un filtre qui se place DEVANT l’objectif, à l’entrée du tube de la lunette ou du télescope. Ces filtres sont disponibles auprès de votre revendeur. Ne jamais utiliser de filtre d’oculaire.
En réalité il existe une seule méthode
présentant un potentiel de risque minimal et qui a le mérite d’être peu coûteuse. Il s’agit d’utiliser votre instrument comme un projecteur de diapos et d’afficher l’image du Soleil, produite par
la lunette ou le télescope, sur un écran blanc placé à une vingtaine de centimètres derrière l’oculaire. Cela permet d’obtenir une image de 10 ou 12 cm de diamètre ce qui est largement suffisant
pour observer le disque sombre de la Lune passant devant le disque solaire. Il ne faut bien sûr en aucun cas mettre l’œil à l’oculaire. Vous pouvez pointer l’instrument en vous servant de son
ombre. La mise au point de l’image sur l’écran se fait à l’aide du porte-oculaire.
La plupart des lunettes sont livrées avec un écran blanc de projection solaire, mais vous pouvez laisser libre cours à vos talents de bricoleur pour en fabriquer un. Pour les instruments de diamètre supérieur à 100 mm, il est conseillé de diaphragmer l’objectif pour réduire l’échauffement de l’instrument. Ne pas oublier également de protéger le chercheur.
Les articles suivants peuvent également vous intéresser :
- Les passages de Vénus devant le Soleil part 1
- Les passages de Vénus devant le Soleil part 2
Dans un article précédent, nous avons évoqué la découverte des passages de Vénus devant le Soleil (également appelé transit), puis les premières observations de ce phénomène astronomique rarissime à partir de 1639.
En 1691, Edmond Halley (le futur découvreur de la comète) propose une méthode pour déterminer la distance Terre-Soleil à partir des passages de Vénus. En effet, jusqu’au XVIIème siècle, les distances entre les planètes et le Soleil sont quasi-inconnues. Au mieux, on savait par exemple que Mars était 1,5 fois plus loin du Soleil que la Terre, ou que Saturne en étant éloignée de presque 10 fois, grâce à la troisième loi de Kepler. En conséquence, la connaissance d’une seule distance suffit pour calculer toutes les autres.
Halley propose de mesurer la durée du passage de Vénus devant le disque solaire, le phénomène devant être observé depuis deux lieux les plus éloignés possibles, afin de mesurer un écart significatif. La différence des temps des passages observés donne accès à la parallaxe de Vénus, puis à la parallaxe du Soleil, et finalement à la distance Terre-Soleil. Mais à l’époque, cette méthode est extrêmement difficile à mettre en place. Les observations nécessites des voyages dans l’hémisphère sud, encore largement inexploré. A cela s’ajoute la difficulté de mesure la longitude (pour naviguer, mais également pour connaitre les lieux précis des observations). Enfin, il est nécessaire de disposer de montre fiable afin de chronométrer précisément la durée des passages de Vénus. Hors, les montres de grande précision ne seront mise au point qu’à partir de 1760 par John Harrison, ce qui réglera du même coup le problème de la longitude (voir article).
LES PASSAGES DU XVIIIème SIECLE
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Le passage du 6 juin 1761
Le dernier passage datant de 1639, il est plus que nécessaire de remobilisé la communauté scientifique afin de motiver les astronomes. En France, ce travail incombe à Joseph-Nicolas Delisle (1688-1768), ce qui fut loin d’être évident. Aux difficultés du voyage, s’ajoute la guerre de sept ans, conflit quasi mondial qui embrasse l’Europe et les colonies.
Mais les résultats des observations seront décevants : les mauvaises connaissances des longitudes des lieux d’observation provoquent des marges d’erreurs importantes dans les calculs. A cela s’ajoute le mauvais temps qui a ruiné l’espoir de beaucoup d’astronomes.
Le passage du 3 juin 1769
L’expérience acquise lors du passage précédent va améliorer les méthodes d’observation pour ce nouveau passage. Jérôme Lalande (1732-1807) organise les observations des astronomes français. Il détermine que la totalité du passage peut être observé sur de vastes étendues de l’Océan Pacifique, dont malheureusement, quelques terres en Arctique et en Amérique du nord sont facilement accessibles. 150 observations seront tout de même réalisées, répartie entre les Anglais et les Français. Le calcul de la distance Terre-Soleil gagne en précision, mais on est encore loin de ce que l’on pouvait espérer (la parallaxe solaire est estimée entre 8,43 et 8,80 seconde d’arc, comparait à sa valeur actuelle de 8,79 seconde d’arc).
LES PASSAGES DU XIXème SIECLE
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Le passage du 9 décembre 1874
En un siècle, les progrès techniques furent important, avec notamment, l’invention de la photographie, l’amélioration des horloges et donc une meilleure connaissance de la longitude.
Le passage de Vénus de 1874 fut observable en Chine et au Japon, où son envoyé Jules Janssen (1824-1907) et Félix Tisserand (1845-1896). Pour l’occasion, Janssen inventa le « révolver photographique » lui permettant de rapportera 48 images du transit. Le passage est également observé par le commandant Mouchez (1821-1892) depuis l’île Saint-Paul, dans l’Océan Indien.
Le révolver photographique de Janssen.
Le passage du 6 décembre 1882
Ce passage fut visible depuis l’Amérique du sud. De nombreuses campagnes d’observation seront également mises en place (la France enverra dix expéditions répartie en la Floride et le Cap Horn) qui permettront d’obtenir la parallaxe solaire la plus précise (8,79 secondes d’arc) jusqu’à l’invention des méthodes modernes par satellite.
LES PASSAGES DU XXIème SIECLE
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En raison de la mécanique céleste, aucun passage ne s’est produit au XXème siècle. Le passage suivant à eu lieu le 8 juin 2004 et le suivant se produira le 6 juin 2012.
Le passage du 8 juin 2004
Ce passage, visible dans son intégralité en Europe, fut très attendu. En effet, en 2004, les témoins des passages précédents sont guères nombreux ! Bien entendu, au XXIème siècle, l’observation des passages de Vénus n’a plus de réels enjeux scientifiques. La parallaxe solaire est aujourd’hui connue avec une très grande précision (8,79415 secondes d’arc) par des méthodes radar. L’événement est plutôt l’occasion de faire découvrir au grand public un événement rarissime, qui finalement, ne se produit que pour la 6ème fois depuis sa découverte. Une façon plutôt intéressante de renouer avec l’histoire de l’astronomie. La technologie numérique (Internet, photographie) a permit à la plupart des astronomes amateurs d’immortaliser l’événement, alors que jusqu’à présent, les images des transits de Vénus était plutôt l’affaire des astronomes professionnels. Aujourd’hui, une simple recherche sur la toile vous permet d’obtenir des images de cet événement !
Votre serviteur, observant le passage de 2004.
Le passage du 6 juin 2012
C’est le deuxième et dernier passage du XXIème siècle, et donc la possibilité d’assister une dernière fois à cet événement avant les prochains passages de 2117 et 2125 !
Il présente donc un intérêt pour tous ceux qui n’aurait pu assister au passage de 2004, ou pour ceux qui souhaite le revivre. Mais, malheureusement en France, seule la fin du phénomène sera observable, dès le lever du Soleil.
Le 20 mars 2012, je décidai de fêter le retour de l’équinoxe de printemps à ma façon. En ce jour particulier, où la durée du jour est égale à
la durée de la nuit, le dernier croissant de Lune devait se lever dans l’arche de la sculpture Rinke, à Lusigny-sur-Barse (Aube).
Cette sculpture monumentale est l’une des quatre commandes publiques en hommage à Gaston Bachelard (1884-1962), philosophe des sciences, natif
de Bar-sur-Aube. Au-dessus du canal de restitution du lac de la Forêt d’Orient, Klaus Rinke a installé une arche sous laquelle est suspendue une aiguille. Pour l’artiste, l’arche renvoie à la
rotondité de la Terre et l’aiguille évoque la gravitation.
Mais au-delà de cette allusion à l’astronomie, la parfaite symétrie de cette œuvre me renvoyait l’image de l’égalité et de l’équilibre :
égalité du jour et de la nuit au moment de l’équinoxe, équilibre de l’aiguille au dessus des flots. Le choix du cadrage s’est alors
imposé comme une évidence : couper l’image en deux parties égales avec la ligne d’horizon, et bénéficier de l’image miroir du ciel dans les eaux du canal.
Après un repérage sur les lieux, le calcul montra que la Lune devait se lever au-dessus de cette sculpture ... le jour de l’équinoxe de
printemps ! L’image désirée prenait alors tout son sens ...
Clin d’œil supplémentaire à l’astronomie, Lusigny-sur-Barse est la ville natale d’Eugène Delaunay, astronome, qui assura l’intermède pacifique
à la tête de l’Observatoire de Paris, de 1870 à 1872, pendant le règne tyrannique d’Urbain le Verrier.
Photo réalisée le 20 mars 2012, vers 6h15, à Lusigny-sur-Barse (Aube).
Objectif Sigma 18-50mm, à 39mm - Pose de 4s à 200 iso, f/16
sebastien#terre-nature.fr
remplacer # par @